23.12.2009
Vieux G et jeunes dentelles
Décidément, les péripéties sont ce qu’on retient le plus.
Juste avant de passer voir mon paternel pour son anniversaire, je mettais fait joyeusement saucer.
Et un autre souvenir de randonnée m’est venu en mémoire.
Cette année là, l’hiver avait été si pluvieux qu’il y eu de nombreuses inondations.
Une randonnée avait été initialement prévue dans l’extrême Sud de l’Eure. Les organisateurs avaient été à deux doigts de l’annuler mais la décrue s’amorçant, ils espéraient que, en quelques semaines, les chemins allaient de nouveau être praticables…
Ce dimanche là, même si le niveau des eaux avait fortement baissé et que les hauteurs étaient praticables, les fonds de vallée étaient encore détrempés.
La glaise collait aux chaussures.
Combien de fois ais-je eu peur de laisser un de mes godillots figé dans la boue ! part endroit, on s’enfonçait jusqu’au dessus des chevilles. Penser que les étendues herbeuses puissent nous épargner quelques mésaventures, était utopique. Les crampons des groles étaient tellement engoncés dans une gangue glaiseuse qu’ils étaient inefficaces. Les semelles transformées en patin-à-glace de boue glissaient allégrement sur les étendues herbues…
La décrue n’était pas uniforme…
Nous avons eu la mauvaise surprise de voir le GR (chemin de grande randonnée) traversé par un torrent !
En nous basant sur la carte d’état-major, nous avons fait du hors-piste.
Passant sous des barbelés soulevés et maintenus grâce à nos bâtons de marche, sautant tant bien que mal au dessus des fossés, longeant les champs sur leurs parties non labourées, nous avons pu atteindre une route goudronnée…Ouf !
Le reste du parcours c’est fait dans une version macadam.
Mouillés, frigorifiés, il était hors de question à la fin de la randonnée de repartir directement…
Nous sommes rentrés à la nuit tombée dans le seul café ouvert du bled…
La petite troupe couverte de boue a fait sensation…
Vins chauds, cafés, thés ou chocolats ont été les bienvenus !
Le patron du bar nous a fait remarquer qu’effectivement, ce n’était pas un temps à essayer de passer le guet indiqué sur la carte. Ce faisant, il nous fit un clin d’œil avec un mouvement de tête vers le fond de son troquet…
Le guet, répétât il en appuyant bien...
Là, perché sur un tabouret, un ado filiforme prenait un thé.
Sont attitude et sa vêture détonnaient avec l’environnement très « France profonde » soupe-au-chou des autres buveurs
Il était éloigné au possible des bons gros piliers de bar, sifflant bière sur bière, se foutant complètement de laisser du houblon sur leur chemise délavée à carreau –ce n’est que lorsqu’ils tituberont devant bobonne qu’ils la sentiront passée…
Le visage du jeune strigol était très loin des trognes rougies par le froid et l’alcool
Il était maigre, la blancheur de sa peau ressortait d’autant plus qu’il portait des vêtements sombres d’une autre époque…tout droit du XVIIIe siècle !
Ses mains délicates et diaphanes sortaient de manches terminées par des dentelles…
Avec quelle précaution, il tenait sa tasse, évitant que les découpes blanches ne se tachent dans l’aristocratique liquide…
Et moi, avec mes vieux godillots, mes vêtements détrempés, mon pantalon raidi par la boue, j’étais tout autant à ma place dans ce troquet perdu en pleine campagne, que ce jeune néo-vampire, emo avant l’heure…
17:03 Écrit par Pierrot dans Petits riens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : normandie, randonnee |
Facebook |







Commentaires
:))
santé !
Écrit par : salade de fruits | 27.12.2009
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire