25.10.2010
Rencontres par temps de galère
Lundi matin, mon portable sonne. Il n’est pas encore 4h00 que je suis déjà à sauter sous la douche.
La nuit a été courte. Les marmots des voisins de ma Dolorosa ayant « légèrement » fait du bruit la veille. J’ai passé le WE à Rouen. Ces quelques jours il avait le rendez- vous annuel de la fête du ventre -J’y étais déjà allé l’année dernière ( Le ventre de Rouen : les produits du terroir Normand s’invitent en ville ).
Les grèves à n’en plus finir lassent et rendent difficiles les déplacements des couillons (c’est à dire tout le monde : la France d’en bas celle qui n’a pas les moyen de débloquer pour quelque nantis les pompes gouvernementales ou de se déplacer en hélico…)
Samedi matin, déjà, j’avais du me réveillé très tôt. C’est qu’autant de suis à ST Lazard en ¾ heures quand le RER fonctionne, autant avec les itinéraires alternatifs (bus, métro, « pedibus ») je suis incapable de savoir combien de temps cela prendrait. Un certains nombre de « Paris –Rouen » ont été annulés. Il ne faut donc absolument pas louper LE train qui me conduirait au Pays…
Dans le Bus allant à la porte d’Orléans, je tombe sur un Marocain d’un certain âge… Ont parle de religion et de philosophie… Et notamment de Spinoza… On n’était pas sensé se retrouver pas la suite, mais par le seul fait du hasard nous nous sommes retrouvé dans le même Wagon de métro… Nous avons continué sur notre lancée et sur nos allumés respectifs (du goupillon et du petit livre vert)… jusqu’à Montparnasse
A Saint Lazard, le temps d’attente à été de plus d’une heure… je me suis éclipsé une petit quart d’heure pour prendre un petit déjeuné sur le pouce… C’est plutôt rare pour moi de déjeuner à l’extérieur. Alors un petit dej !
Comme habitude, le train est arrivé à quai fort tardivement. Ruade et bousculade pour espérer avoir une place assise. La SNCF avait dégoté un train de banlieue à deux étages, tout mité et sans toilette. La cloison éventrée à coté de moi laissait voir impudiquement le peu d’ouate d’isolant dégelasse qui nous protégeait de la froidure. En face de moi, un jeune d’une vingtaine d’année. Ironie de l’histoire, il travaille à la SNCF jusqu’à 6h du mat’ et a du attendre ce train car le sien avait été annulé.
Lundi matin donc, j’entre dans la gare de Rouen bien avant 5h00.
Là deux ados son assis à coté de moi. « Vous n’avez pas un Sch Gum, Monsieur ? »…
Ben non. Et le distributeur à coté doit être détraqué parce que je récupère pour le leur offrir ce n’est pas la patte de Bbgum mais des gâteaux. Je les leur donne. Je ne suis pas riche mais, tout de même, entre galérien et victimes de SUD-RAIL, il y a de la solidarité !
Victimes ?
C’est vrai qu’ils forment un couple improbable. La demoiselle est une gothique. Ses bottes hautes ont des semelles compensées. Sa lèvre inférieure passée au stick à lèvre noir est barrée par un petit anneau. Par contre les clous de son collier de cuir sont plus discrets. Ses cannes ne sont couvertes que par une sorte de toile d’araignées trouée et noire. Le gamin à coté ne porte pas de trucs de marque. Ses basquets ne sont pas en mauvais était par effet de mode. Par contre, il a du voir trop de manga : ses cheveux blonds et filasses ont été coupés pour former un triangle qui lui cache l’œil gauche.
Gotik girl et manga boy sont là depuis l’ouverture de la gare. Bloqués à Rouen la veille grâce à SUD, les poches vides, ils ont errés dans la ville toute la nuit. Pas les moyens pour rentrer dans un bar et prendre quelque chose de chaud. Ce leur fut une joie que de voir les portes de la gare s’ouvrir : entre l’immense salle des pas perdus et la verrière, la petite zone au plafond bas apporte sièges et surtout protection contre le vent… Avec ses bas minimalistes et troués la gamine à du morfler du froid. Une P* envie de pisser aussi mais à 5h00 tout est fermé et même si le bar du Halle avait enfin ouvert ses portes, le café est devenu inabordable depuis le passage à l’Euro. Obligée d’attendre que vers les 5h30, les toilettes publiques s’ouvrent !
Manga boy parlait pour deux, sa compagne frigorifiée était –on s’en doute – « légèrement » tendue…
Encore collégien mais déjà à penser boulot. Oh, pas quelque chose d’extraordinaire. Quelque chose qui lui permette d’apporter rapidement l’argent au foyer… Ses rêves ? Quels rêves ? Sa famille n’a pas d’argent pour cela, et lui non plus…
Ce n’est pas à son absence de retraite qu’il pense, c’est simplement au fait qu’il lui faut trouver un boulot maintenant : plombier, ou alors dans l’hôtellerie restauration… Qu’importe si ce dernier secteur est connu pour être un Paradis à la Parisotte : exploitation record des petites mains…
Il faut bouffer !
Mon train est arrivé à quai avant le leur. Arrivé à quai avant même que le bar ouvre. A 5h30, j’étais déjà filant vers Paris. Dommage, j’aurais voulu au moins leur offrir un café chaud…
J’ai du laissé ces ados paumés dans un monde qui s’est fait sans eux…
Parfois, je me demande si les Syndicats font le bon combat…
13:59 Écrit par Pierrot dans Petits riens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : rouen, paris, greve, transport |
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