03.05.2011
La tolérance c’est quoi
J’entends souvent le mot « tolérance ». …
Cependant, j’avoue que ce mot, si souvent répété, notamment par les bobos, finit par perdre son sens… ou de moins est-il a mon avis difficile de faire son apologie quand on reste douillettement dans Boboland. La tolérance pour d’autres est synonyme de faiblesse et de soumission…
Mon approche n’est pas une définition telle que vous en avait l’habitude. Elle fait référence à l’instinct, à la situation, aux conditions nécessaire pour effectivement parler de tolérance et « avouer » qu’effectivement on fait preuve de tolérance. C’est un petit mot sur cette démarche philosophique
Le paradoxe humain
Contrairement à ce que pensaient les philosophes des Lumières, qui avaient en tête l’image du « bon sauvage », la nature humaine est plutôt mauvaise avec quelques pépites de bonté perdues dans un cloaque de soif de procession, d’égoïsme, de violence et de peur. Laissé à lui même l’homme est plutôt enclin à dessouder son congénère… Il suffit de voir les enfants dans les cours d’école, certaines violences et incivilités ou les abominations sur les civils pendant des guerres …
Le paradoxe de la nature humaine peut se résumé ainsi : « l’Autre, je ne peux pas le saquer mais je ne peux pas m’en passer. »
Union forcée pour survivre
Face à un environnement hostile, cet étrange animal à l’aube de l’humanité n’a ni griffe, ni croc. Il ne procède que deux mains au lieu de quatre, et sa démarche est malhabile et lente… Ces seuls atouts sont une main agile et une capacité mentale à se projeter.
C’est en groupe que l’humain peut dominer la nature ; en groupe que son cerveau en interaction avec les autres va se façonner pour finalement lui permettre de dominer ce monde dans lequel, livré à lui même, il est inadapté et en danger.
La tolérance : une prospérité sur le long terme
Les premières sociétés humaines se créaient sur ce paradoxe : l’hyène solitaire et anthropophage apprend à coexister avec ses semblables. Les premières formes de tolérance vis à vis de l’autre – c’est à dire de prendre sur soi pour ne pas agresser l’autre dès qu’on el rencontre -sont un atout qui permet l’évolution des sociétés, la création de richesses, la lutte au delà de la survie : la prospérité.
La tolérance est donc loin d’être un luxe. L’individualisme et la régression vers l’état bestial apportent certes un bénéfice immédiat, mais seule la tolérance est une garantie à long terme.
La tolérance : une démarche en deux, voir trois étapes.
La tolérance, ce n’est ni l’affection ni la soumission. Elle est une forme de concessions mutuelles qui demande de prendre sur soi.
C’est accepter, plus ou moins à long terme, que l’autre puisse être différent de soi, dissemblable de soi et même en porte-à-faux avec ses habitudes et ses propres schémas mentaux.
Elle se déroule en deux étapes principales :1) être en face d’un Autre, dissemblable et dérangeant. 2) Dominer la bête humaine et ses instincts agressifs (ou de fuite).
La troisième étape est celle de l’introspection. Elle n’est pas nécessaire systématiquement mais demande une démarche intellectuelle plus poussée.
Etape 1 : Etre face à la différence et à l’inconnu
Que cela soit par naissance ou par affinité, nous formons avec un nombre limité de personnes un « microcosme » où, clones plus où moins identiques, nous reproduisons des valeurs, les apparences, des modèles communs. Le ghetto, était une forme d’apartheid géographique imposée par la population dominante. Il existe également dans les esprits.
Il est plus facile, moins angoissant de rester entre-soi. C’est ainsi que progressivement des zones de Paris par exemple deviennent des « Little Chinatown », des « Little India », des « Little Marrakech », parfois séparés les uns des autres par une simple rue. C’est ainsi que certains arrondissement de Paris de la rive Nord sont devenus des Boboland, que le Marais est devenu un symbole d’une certaine forme de « Gtitude », tandis que quelques quartiers de la rive gauche sont le repère des Royalistes, et de la Vielle France… Ou que Neuilly est devenu le nouveau Versailles de cette France qui n’est évidemment plus gouvernée par les grands Nobles mais par la Grande bourgeoise…
C’est éminemment conformable de rester entre-soi.
L’apparence des personnes dans la rue ne vous choque pas, ne vous pose aucune question, ne vous oblige pas à revoir vos schémas moraux, idéologiques, philosophiques ou vos canons… Miroir, mon beau miroir, dit moi qui est le plus beau ? Narcisse déambulant en compagnie de ses reflets …
Pourquoi voulez vous que Narcisse prenne sur lui ? Pourquoi Narcisse apprendrait-il la tolérance, alors qu’il ne côtoie que lui, ne voit que lui, ne pense qu’à lui, ne pense que comme lui, ne fait face qu’à sa propre vision du monde ?
Pour avoir à prendre sur soi, pour connaître effectivement la tolérance, il faut rencontrer l’Autre, celui qui est différent, et qui par ses différences vous dérange de vos petites (et grandes) habitudes.
Cela veut dire aussi que la tolérance n’est pas « réservée » : elle est l’affaire de tous. Celui qui s’enferme dans sa Técy celui qui s’enferme dans son Neuilly, celui qui s’enferme dans sa religion, dans sa caste sociale… celui là n’a pas un minimum d’ouverture vis-à-vis de la différence, ignore la tolérance… et à long terme participe à l’effondrement social …
Parce qu’il ne peut y avoir de tolérance que si et seulement si on est en contacte de ce qui est différent.
Et il ne peut y avoir progrès et développement que si on s’enrichie par des apports nouveaux
Etape 2 : Dompter sa propre bête humaine
L’homme est un loup pour l’Homme disait un certain « philosophe ».
C’est plutôt une Hyène : cela rit quand la proie agonise, cela bouffe les uns les autres et surtout … Cela s’attaque au plus faible et préférentiellement en groupe pour la curée…
L’instinct de la bête humaine c’est de mal supporter celui qui est « Autre ». C’est la fuite si inférieur ; l’agression si acculé. Le passage à l’acte est d’autant plus irrépressible en groupe qu’au sentiment de sécurité créé par le nombre, s’ajoute la guerre des places dans la horde : le plus agressif sera considéré comme le plus fort, le plus dangereux, et gagnera plus facilement la place de la bête humaine Dominante.
La bête humaine, la monstruosité primitive est sans conteste à l’opposé même de l’Etre civilisé. Elle ne cherche pas concisément à anéantir la civilisation, elle est la non-civilisation. C’est la bête primitive qui était soumise aux éléments et incapable de prendre en main son destin. De construire sa propre prospérité.
Toute l’éducation apportée aux enfants, pour leur permettre de vivre comme des personnes responsables et sociable, s vise justement à donner des garde-fous pour leur permettre de dompter leur nature primitive.
Face à l’inconnu, face aux inconnus, l’instinct primitif de l’Homme est la peur, qui se traduit par le rejet, voir l’agression.
Etre tolérant, c’est dominer cette peur. C’est dominer la bête humaine agressive, c’est surpasser les instincts pour côtoyer l’Autre…voir même aller vers l’autre…
Contrairement à ce que certains prétendent ce n’est donc pas faire preuve de faiblesse… bien au contraire… Ce n’est en aucun cas un acte de soumission non plus. C’est considéré l’autre comme différent, certes mais accepter qu’il ait le droit de ne pas être comme soi.
Etape 3 : De la tolérance ponctuelle à une Tolérance leçon de vie
L’étape 2 consiste à dompter sa peur, ses instincts agressifs lorsque le hasard vous fait rencontrer quelqu’un qui peuvent vous déranger, car différent… C’est une action ponctuelle qui ne dure que le temps de la rencontre volontaire ou subit.
La troisième étrape consiste à se remettre en question : c’est justement de sortir du ghetto mental dans lequel on vit.
C’est voir au fond ces limites. Limites philosophique, limite sociale, limites théologiques. C’est finalement sortir de la simple généralité de conscience forgé par mimétisme de ses paires, de ses proches, de son milieu pour épurer sa propre conscience… C’est une quête qui demande du courage. Une sorte d’introspection comme le serait une psychanalyse, avec ses phases d’angoisses, de souffrances philosophiques, mentales, théologiques… mais qui libère également des risques de soumission, d’esclavage. C’est malheureusement une quête sans fin, laborieuse, toujours remises en question.
Comme je l’ai déjà mentionné : « la tolérance est une forme de concessions mutuelles qui demande de prendre sur soi. ». Le plus grand danger dans cette quête est la lassitude, celle de celui qui ressent la non-réciprocité. Qui se sent seule à avoir cet idée de « Vivre ensemble »
Et pourtant cet état d’esprit est fondamental car il évite de tomber dans les pièges tendus par des assoiffés de pouvoir.
En effet, les apprentis dictateurs, les populistes, les intégristes jouent sur les bas instincts de l’Homme, jouent sur la peur, joue sur l’intolérance…. Ils misent sur la Hyène en balançant sous ses crocs un bouc émissaire – si possible une minorité, donc une proie facile et affaiblie…
La tolérance n’est donc pas un luxe. Elle n’est pas innée, elle se forge. Elle ‘est pas figée, elle se renouvèle chaque jour…
18:40 Écrit par Pierrot dans Tolerance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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