12.01.2009

Les fantômes

Dimanche 11 janvier 2009-

Mantes « la jolie », le  train, après avoir fait un long détour suite  à un accident sur la voie repart à pleine vitesse sur son parcours  normal : direction Yvetot.

 

Je me suis levé plus  tôt que d’habitude ce matin là pour arriver à la gare de grande ligne St Lazare. Déjà en sortant du RER (train de banlieue) au Chatelet, alors que je parcourais les quais et couloirs de cette  importante station de transport en commun parisien,  je sentais quelque chose de bizarre. C’était comme si quelque chose qui devait être là était absent.

Je reprends la ligne de métro 14 – toute  automatique – pour St Lazare et là encore, en arrivant devant l’escalier extérieur menant aux lignes de banlieues, le devant du bâtiment  me semble vide et sans vie comme si j’étais l’unique survivant d’un conflit qui aurait laissé intact les murs…

 

Je suis à court de liquidité et me dirige vers un distributeur à billet. Machinalement, je cache le code avec mon corps et ma main. Et c’est alors que empochant prestement mes euros, je percute enfin : il n’y a personne accroupie au pied de l’automate m’invectivant pour quelques pièces de monnaie…

La procédure « Grand froid » avait raflé toute la misère de la capitale, la planquant dans des abris.

 

C’était cela cette chose qui me semblait ne plus faire parti du paysage : les clochards, les mendiants, la pauvreté et la misère…

 

Ces choses qui  vous semble si naturelles que l’on y prête plus attention.

Finit, le contournement des formes plus ou moins humaines à genou en plein milieu des souterrains un gobelet en plastique entres les genoux, les mains jointes de pénitents devant leur  morceau de carton…

Le mélange d’odeurs de vêtements jamais lavés, de chiens mouillés, de pisses et de mauvaise vinasse n’agressait plus les narines…

Les hurlements des ivrognes et la litanie immuable  des mendiants balançant le même enchaînement de phrases avec les rythmes et les intonations si identiques  que dès les premiers sons émis, l’oreille n’y prête plus intention, ne ponctuaient plus les crissements des freins des rames…

Le regard s’arrête sur des pierres, des murs, des panneaux sans glisser sur des corps et des trognes. Les yeux n’évitent plus les mains tendues, doigts crochus vers le haut et paume burinée par la crasse, qui ponctuent le parcours quotidien …

 

Toutes ces petites choses n’étaient pas encore présentes à cette heure  en ce glacial matin hivernal.

 

Et cette accoutumance ainsi relevée me plonge subitement dans un grand malaise