01.10.2008

Le glaneur du Paris-Rouen

Vendredi, deuxième semaine de septembre.

Je suis dans le train pour Rouen qui, comme à son habitude en fin de semaine, est bondé.

Apres quelques voitures et compartiments parcourus héroïquement, et dans l’allégresse générale (mon sac à doc flattant les côtes et les bedons des voyageurs), je me décide finalement à installer un bout de fesse sur un rebord d’alcôve bourrée de bagage, mon sac à mes pieds pas (trop) dans le passage…

 

Parcourant l’espace du regard, mon intension se porte alors sur un jeune homme assis sur un strapontin. C’est que par sa mise et son attitude, il est différent de ceux qui s’entassent dans chaque volume du wagon : escalier, passage entre voiture, plateforme…

 

J’éprouve toujours des difficultés à donner un âge aux autres. D’une part parce que physiquement dans la famille on fait souvent moins que notre âge réel, et d’autre part (et surtout) parce que je n’arrive toujours pas à encaisser l’âge de mes arthrites… heu,… artères…

A la louche il doit avoir entre 18 et 25 ans. (Guère plus ?)

Si je ne suis pas un parangon de recherche esthétique au niveau des fringues, là je m’avoue battu …

Ses chaussures marrons du genre pataugeasses basses de randonnées sont loin de la première fraicheur.

De ses chaussettes quelconques (même pas de Snoopy ou de petit mickey !) sortent des gambettes couvertes de poils. Elles sont nues jusqu’au dessous des genoux, un bermuda difforme et marron clair –genre Scouts d’Europe- prenant alors le relais.

Il ne porte sur ses épaules qu’une fine chemise dont je n’arrive pas définir la couleur ou le motif…

Ces bandes sont elles vertes ou jaunes ? Le fin tissus est surtout délavé ce qui rend difficile de savoir si il s’agit d’une chemise à carreau ou à rayure…

Le voyageur semble avoir un sens de l’esthétisme très personnel, voir aucun, comme le suggère cette chemise ouverte sur le haut, l’échancrure impudique laissant à l’air libre une toison de longs poils bruns plaqués sur le poitrail. Les deux derniers boutons lui manquent ils ?

Pour finir, la coupe des cheveux bruns est vraiment simple, rigoureuse et dans un style d’avant les années 60. En fait, toute sont apparence  est celle d’un jeune homme qui aurait sauté directement des années du Général de Gaule au… début du XXIeme siecle….

Anachronisme total !

 Je ne serais donc pas le seul à ne pas me laisser dominer par le dictat de la Mode… Mais dans ce domaine j’ai rencontré ce jour là plus fort que moi !

 

Le filiforme Winnie l’Ourson, est penchée sur un carnet qui repose sur son mollet  transformé en pupitre improvisé. Là sur les fines pages, il note au crayon je ne sais quelle prose, jetant son regard aux alentours.

Ce n’est finalement pas tant dans cette absence de recherche esthétique que je me retrouve  en lui…

 

Ainsi, une autre personne plus ou moins hors mode aurait comme passion d’annoter ses pensées sur les petits choses du quotidien ?

 

Je ne serais donc pas le seul glaneur de petits riens…