27.10.2009

Tout dans les muscles, rien dans la tronche…

L’étude « martyre » m’a apporté un certains nombre de réponses que je subodorais quand je suis passé à Toronto il y a quelques années


Ainsi, au muséum de Toronto, vers les étages les plus hauts, se trouvait une section sur le moyen âge.

Dans un coin où étaient montrés piques, épées, fléaux et autres masses… une grande armure totalement montée se dressait astiquée et resplendissante.

Il s’agissait d’une armure à plates (grosso-merdo le genre d’armure de la fin du XIV début du XV)


Pour faire une courte petite histoire :
 -La broigne date du temps de Charlemagne (elle est mentionnée dans ses capitulaires). C’est un  vêtement matelassé sur lequel sont cousues des petites plaques de métal
 - La cotte de mailles est un habile assemblage d’anneaux métalliques agencés les uns dans les autres et formant un vêtement à la fois relativement souple et résistant. Capable d’arrêter notamment les coups d’épée qui à l’époque étaient plus des armes contendantes que tranchantes… défauts : le poids et surtout l’impossibilité d’arrêter les projectiles envoyer avec une grande force d’inertie : très limite pour les carreaux d’arbalète elle est totalement inefficace contre les tires de mousquet
 - L’armure à plates est constituée de grandes plaques de métal épousant la forme du guerrier : plastron pour le torse, jambières, gantelets, cubitière, genouillères casque enveloppant…

 armure plates

A Toronto, donc une superbe armure reconstituée. Elle était accompagnée dans la vitrine par l’équipement du guerrier du moyen âge : épée, hache, carreaux (flèche d’arbalète)
Et juste à face, une autre vitrine, une autre époque, d’autres armes : crosse, palet, et… une autre armure : l’équipement du Vrai Mâle Canadien, le seul et l’unique guerrier, le vrai Winner le vrai « Warior » WAAAHOOOORRRGGGGG, «  je vais tout péter » …
… Le joueur de hockey

equipement

C’est que comme l’indique Simon Louis Lajeunesse dans son étude, le club de Hockey est le passage obligé pour tout enfant mâle canadien.
Sous entendu, si tu n’en à jamais fait dans ta vie, c’est que tu n’as rien entre les jambes…


Le sport est le passage obligé pour affirmer son « gender », son appartenance à la « droiture ». Et il y a évidemment une hiérarchie officieuse : le « soccer » est plus « émasculant » que le football américain et le summum de la virilité et de l’appartenance au model du vrai bon mâle canadien reste le Hockey…

C’est par le hockey que les canadiens se reconnaissent, s’affirment, sont, et qu’à compétence scolaire égale sont considérés comme plus aptes à occuper un poste…

C’est sur la glace et dans le vestiaire que le jeune canadien devient un homme conforme au model de genre, de la culture canadienne, de sa civilisation…

sign_of_failure

Mens sana in corpore sano (Esprit sain dans un corps) au Canada est perçu plutôt comme « mens fervida in corpore lacertoso » : un esprit ardent dans un corps musclé.

D’où l’assimilation dans ce musée – par bien plus pédagogiques que ceux que j’ai visité en France- entre l’équipement du hockeyeur et celui du chevalier, la caste dominante du moyen âge…

 3958-hockey-equipement1

Ors comme le rappelle S. L. Lajeunesse, si tous commencent avec le hockey, tout les canadiens ne sont pas de tempérament « grégaire ». Pour les « solitaires » le risque est d’être immédiatement assimilé à un « FIF » (terme québécois), ce qui est perçu comme une émasculation sociale…
Comment alors s’affirmer comme conforme ?

J’en avais déjà une petite idée en me baladant en ville : le canadien type (comprenez entre 15 ans et 40 ans) cultive un coté « bûcheron » très marqué : sur une ossature massive, l’homme des « grands-lacs »  fait sauter les boutons de sa chemise à carreaux avec ses pectoraux…

Sur Yonge Street Entre St Clair Av et le City Halle (la mairie), il y avait un complexe sportif où Yann allait avant ou après son travail.
La taille de ce complexe sur plusieurs hauteurs était ahurissant : c’est bien un temple du sport : piscine, en bas, salles de musculations à perte de vue, et au sommet sur le toit, un stade avec une piste de course…

Cette quête effrénée et obsessionnelle du muscle en devient presque ridicule.
Ainsi à une station de métro de ce complexe, dans le centre commerciale (comprenez un sanctuaire du shopping sur plusieurs étages de la taille d’une ville) alors que j’avais fini de boustifailler au niveau -1, j’ai croisé un jeune couple de canadien « model ».
La « blonde » était une bombe blondasse soit siliconée, soit issue d’un clonage de toutes les bimbos des papiers glacés et son «keum »  était d’un autre type de caricature…
Il portait un Tshirt blanc moulant ses pecs. Ils étaient si énormes que cela donnait l’impression que le fin tissu était comme moulé sur deux coussins !
Beurk c’était tellement exagéré au niveau de la surenchère de la musculature du « vrai mâle » que c’en était ignoble…

Et bien cette étude canadienne sur le sport et son incidence sur le devenir sociale et la reconnaissance du jeune garçon puis de l’adulte canadien explique cet autre type de mutilation du corps :

 Cette armure que certains ne peuvent porter sur la glace, ils vont la porter sur eux en transformant leur corps et en hypertrophiant leur masse musculaire…

Tout absolument tout pour ne pas ressembler à un « fif »…

 A ce stade, c’est une mentalité qui ne vault pas un  fifrelin…

Mais finalement, est on si éloigné que cela chez nous en France  avec les joueurs de foot élevés au rang d’Idole...

PS : ce billet n'est pas contre un sport et ses joueurs qui est plus couru dans la ville au cents clochers que ne l'est le soccer... C'est plutôt le coté excessif  au Canada mais que l’on retrouve en France au niveau du foot : se rappeler l'exclusion d'un club sportif de banlieue parisienne  qui ne voulait justement pas se trouver sur la même pelouse "qu'une bande de fif"

Pour info : en tant que Rouennais je suis  fière de nos "Dragons" !


2008_espoir_article_finale2http://www.rouenhockeyelite76.com/

08:53 Écrit par Pierrot dans Tolerance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, homme, canada, fif, toronto |  Facebook |