14.04.2009

Lundi de Pâques, en Normandie

Les musiques de Haendel et  de Mendelssohn bercent cette fin de matinée. Elles emplissent la grande salle accompagnant les coups d’aiguilles. Ma Stabat Mater est installée à l’une des fenêtres pour coudre à la lumière.

La grande salle est conçue comme une chapelle de bois.

Les poutres verticales s’élancent tout les deux mètres supportant depuis Henri IV une large toiture. Entre les poteaux et le vénérable mur de pierre et de briques, un espace d’1,50 mètre longe la partie centrale comme deux collatéraux. Les poutres monumentales en chêne brut s’élancent dans le vide traversant la nef centrale. Des fenêtres étroites, ponctuant les murs de pas moins de soixante centimètres d’épaisseur, apportent la lumière.

Au fond de la salle, une cheminée monumentale accueille les bûches. En simple pierre de taille elle pourrait accueillir trois personnes debout. Un massacre au dessus du linteau en est la seule décoration. Pourquoi plus de fioritures alors que les formes des vénérables pierres lient, par leur simplicité, force et élégance ?

De part et d’autre de l’âtre, des tabourets pour se chauffer à la flambée au cas où.

En ce moment ils servent de consoles à deux vieux cuivres.

Meubles anciens, tableaux de châteaux familiaux se répartissent le long des murs. Un piano droit avec ses bougeoirs attend les mains habiles. A coté, tel un trône Comtal, une chaise au haut dossier ouvragé, vestige d’une époque où le sens du devoir prévalait sur l’appât du gain et de l’argent d’une bourgeoisie envieuse.

Des plats en étain sont posés, le long du mur. Ils ont échappé à la fonderie, que cela soit pour payer l’équipement nécessaire pour assurer le service militaire auprès d’une bonne dizaine de générations de monarques, ou pour remplir les fouilles des arrivistes coupeurs de têtes.

Un tapis sur le pavé, délimite une première zone intime. Fauteuils confortables, tables basses, sont là en attendant des invités pour un agréable apéritif. , à l’opposé de la cheminée ; la pièce est coupée en deux par une mezzanine. Cet endroit est l’une des zones les plus intimes de la salle. Ici, une longue table de ferme attend les convives. Ah, les souvenirs de ces savoureuses viandes cuites directement au feu de bois dans la cheminée me viennent en mémoire. Petit barbecue d’intérieur…

 Des vieux Rouen attendent sur les vaisseliers ou dans les armoires vitrées. Sur un coté de cette alcôve, une échelle de meunier permet d’accéder à l’étage. En dessous des marches, la chaîne verse maintenant les envolées espiègles d’un violon. De l’autre coté, près d’une fenêtre, sur une chaise au coussin confortable, ma Stabat s’occupe d’un des rideaux. A la lumière du jour l’aiguille file sur ces motifs floraux, qui rendent plus aériens l’alternances des bandes de tissus aux couleurs identitaires qui on traversé un millier d’année : de gueule et d’or…

Un profond mouvement de violoncelle occupe le volume de cette pièce, enfle, et donne vie aux vénérables poutres de bois...

Au dehors, par la fenêtre, le regard va au loin dans la campagne normande…

La vue, un peu à gauche, est arrêtée par une formidable haie d’arbres élançant leurs branches couvertes de bourgeons. Plus loin, au-delà d’un champ brun, un autre petit bois donne, sous ce ciel presque laiteux, une indéfinissable impression de calme…

Un petit moment de bonheur simple un matin de Paques en Normandie