26.05.2011

Décrassage express

 Un matin, au départ d'Arcueil.

L'heure (7h30)  et le jour de la semaine rendent les rames plus accessibles. J'attends sur le quai, puis m'engouffre dans un wagon. J'aurais du percevoir le piège depuis le quai, alors que les personnes dans la voiture étaient toutes agglutinées d'un coté. J'entre vers la zone étrangement désertée. Je m'installe, pas trop proche toute de même, d'un fumeur. L'odeur  de cette cigarette est infecte. Je n'ai jamais ressenti un truc pareil... un remugle aussi abject... Était-ce la raison de cette étrange répartition dans cette voiture de RER ?
L'immonde mégot aux volutes jaunâtres finit par être consommé.
Et ce fut pire !
L'immonde tabac ne recouvre  plus de sa puanteur civilisée celle, animale, des haillons à la couleur indéfinissable, des poils drus maculés de toutes les choses que cette créature a dû porter à sa gueule, ni celle de ce cuir, de cette carne,  virant du brun au jaunâtre.
Cet être n'était que crasse. L'odeur dégagée semblait venir du fond des âges, celle des bêtes, des premiers hominidés... ou peut être des êtres déshumanisés.
Plus qu'une seule idée en tête :  faire nettoyer cette créature - fusse au kascher vu l'encrassement.

Et un passage des « Hommes du Tsar » me revient en mémoire...

transport, transport en commun, litteratureDans la première partie de ce roman, Ivan le Terrible, se fiant aux « Sortes » va chercher le dernier des derniers de ses serviteurs pour l'élever. La dernière des dernières de ses créatures, c'est l'homme des chenilles, Neveja Pzar,  chien, fils de chienne  - bipède par facétie du sort.
Le « Vaurien » vivant  parmi les chiens depuis toujours, le décrassage de cette créature avant de la présenter au Tzar prend plusieurs paragraphes.
On enlève les tissus qui recouvrent le cuir de l'homme du Tzar; on les jettes aux feux et l'odeur des carapaces des insectes grillant vous prend à la gorge. L'eau bouillante balancée sur le tatar le dérange moins que ne le sont les bestioles qui grouillent et pullulent sur la peau. Quelques-unes arrivent à s'enfuir. Il faut racler ce cuir d' auroch jusqu'au sang pour que la crasse accumulée depuis la naissance fasse place à  la peau humaine...


RER un mercredi matin,
En présence de cette créature qui fut un homme et dont l'existence n'est plus que l'odeur animale qu'elle dégage, comment ne pas être effrayé, voire se poser une question : Est-ce donc si facile de tomber si bas ? Et de se rappeler sur qui, sur quoi, nous pouvons compter pour ne pas sombrer...